Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, préside la première séance du nouveau conseil municipal de Saint-Denis, le 21 mars 2026 en Seine-Saint-Denis ( AFP / Ludovic MARIN )
Dix jours après son élection au premier tour, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko s'attire les critiques du gouvernement, inquiet de la liberté d'opinion des agents territoriaux et des effets du désarmement annoncé de la police municipale.
Premier axe d'attaque contre le successeur de Mathieu Hanotin (PS): sa supposée volonté de se débarrasser des agents territoriaux qui ne seraient pas en phase avec son action.
Le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel s'est fendu d'un courrier au nouvel élu pour lui rappeler qu'il ne pouvait se séparer d'agents en désaccord avec sa politique.
"Aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d'agents communaux, leur affectation ou leur maintien en fonctions pourraient dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l'exécutif municipal", souligne M. Amiel dans sa lettre.
Il rappelle dans sa missive que toute décision "d'écarter un agent pour des motifs politiques serait entachée d'illégalité et pourrait être suspendue ou annulée par le juge administratif".
Le ministre ajoute que de telles mobilités pourraient "relever du harcèlement moral" voire constituer de possibles infractions pénales.
Ce rappel à l'ordre intervient après que Bally Bagayoko, élu maire dès le premier tour, a déclaré sur CNews que "les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent en fait à une commande politique".
-"Pas de chasse à l'homme"-
Depuis le parvis de l'hôtel de ville, le nouvel édile avait ajouté: "Celles et ceux qui, pour des tas de raisons qui peuvent les regarder d'ailleurs, ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront".
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko (c), salue des partisans à l'issue de la première séance du nouveau conseil municipal de Saint-Denis, le 21 mars 2026 en Seine-Saint-Denis ( AFP / Ludovic MARIN )
Avant de tempérer: "Ce n'est pas le fait qu'on les mettra dehors, c'est parce qu'ils feront une mobilité qui est complètement naturelle et qui n'est pas quelque chose de nouveau".
"Bally Bagayoko, il ne fait ni la chasse à l'homme, ni la chasse à la femme", avait-il insisté, répétant des propos déjà tenus lors de son installation au conseil municipal le 21 mars.
Une passation de pouvoir qui ne s'est pas déroulée sans heurts: sifflets, invectives et huées ont marqué toutes les prises de parole de l'ancienne majorité.
La victoire de Bally Bagayoko dès le premier tour de scrutin a mis ce dirigeant politique, né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens, sur le devant de la scène.
Premier maire de La France insoumise à prendre la tête d'une commune de plus de 100.000 habitants, il a immédiatement été la cible de nombreux propos racistes sur les réseaux sociaux.
Le recadrage du ministre intervient aussi en pleine polémique sur les projets du nouveau maire pour la police municipale, qui entraîneraient des demandes de mutation parmi les agents.
- Retrait des LBD -
Sur France 2, M. Bagayoko avait ainsi annoncé mardi que la ville allait "rentrer dans un processus de désarmement" de la police municipale. Une mesure qui ne serait pas immédiate et concernerait les seuls lanceurs de balles de défense (LBD).
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, préside la première séance du nouveau conseil municipal de Saint-Denis, le 21 mars 2026 en Seine-Saint-Denis ( AFP / Ludovic MARIN )
Il avait par ailleurs souhaité conserver "une police municipale forte de proximité, en maintenant les effectifs".
Mais cette inflexion passerait mal au sein des effectifs policiers.
Une source au sein de l'ancienne administration a ainsi assuré jeudi à l'AFP qu'"il y a eu 90 demandes de mutation qui ont été faites au sein de la police municipale" et qu'"il y a aussi beaucoup de départs dans le reste de l'administration".
D'une population de 150.000 habitants, la ville frontalière du nord de Paris est dotée d'une police municipale de 160 agents et pas moins de 850 caméras de vidéosurveillance ont été installées à travers la commune.
Sollicité par l'AFP, le ministre de l'Intérieur a rappelé que "c'est au maire de choisir ou non d’armer sa police municipale", ajoutant qu'"armer, par des armes intermédiaires et/ou létales, sa police municipale participe au renforcement du continuum de sécurité".
"Les policiers municipaux sont aussi pris pour cible et, être armé, c’est un élément de protection et de dissuasion", a ajouté Laurent Nuñez.
En réponse aux annonces du maire dyonisien, le président du Rassemblement National Jordan Bardella a annoncé jeudi sur X que les communes RN seraient "des terres d’asile pour tout policier municipal qui souhaite œuvrer à la sécurité en étant soutenu et respecté!".

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